On a eu la chance d’interviewer Anne, directrice d’une école maternelle publique qui a décidé d’appliquer la pédagogie Montessori dans le public.

Bonjour Anne, pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?

J’ai toujours rêvé de devenir institutrice. Pour atteindre mon objectif, j’ai donc fais un cursus de lettre moderne.

À mes début je n’étais pas du tout intéressée par la maternelle. Le directeur de l’école que j’ai intégré avait l’un de ses enfants en maternelle et m’y a donc assignée pour éviter de l’avoir dans sa classe. 

J’ai donc appris ce qu’est le métier sur le tas et j’y ai pris énormément de plaisir ! La découverte de ce qu’est un enfant et de ce que l’accompagner représente a été une vraie révélation. 

Il est important de souligner qu’aucune formation sur ce que sont vraiment les enfants n’étaient prodiguées il y a 15 ans.

Cette méconnaissance s’est transformée en plaisir très rapidement malgré les difficultés rencontrées, surtout en début d’année où ma classe était très nombreuse (ndlr : 42 élèves les 15 premiers jours).

C’est l’année suivante et seulement âgée de 25 ans que je suis devenue directrice de l’école dans laquelle j’exerce encore aujourd’hui. 

Comment avez vous découvert la pédagogie Montessori ?

Les débuts en tant qu’institutrice se font presque au jour le jour et la réflexion sur le développement de nouveaux moyens pédagogiques n’est pas la priorité.

C’est l’adoption de mes enfants en 2014 qui m’a ouvert les yeux sur  les besoins réels d’enfant, une éducation bienveillante, un accompagnement positif et valorisant, le respect du rythme et de la personnalité de chacun… 

Devenir Maman m’a fait découvrir Montessori.

J’ai compris naturellement que mes enfants, entre eux, n’avaient pas les mêmes besoins. Mon évolution en tant que maman a eu un impact fondamental sur ma vie professionnelle.

J’ai alors cherché à faire différemment tant sur le plan personnel que professionnel.

Comment l’avez vous mis en place dans votre école publique ?

La réorganisation de l’école a eu lieu il y a 4 ans. Il y avait alors un grand nombre de garçons , assez turbulents, qui passaient simultanément en grande section.

Nous avons  pris la décision de diviser ce groupe en 4 et de les répartir dans les 4 classes qui composent l’école afin de les transformer ainsi en classe multi-âge. 

Il a fallu alors chercher des solutions pour assurer un apport pédagogique efficace à chacun des enfants qui avaient, de part les écarts d’âge importants, des besoins encore plus différents. 

La solution logique a donc été la pédagogie Montessori.

Le travail de Céline Alvarez a été une révélation. J’ai alors décidé de me former pendant  l’été afin d’être prête pour la rentrée à appliquer au mieux cette posture dans ma classe.

Pour commencer, j’ai acheté, avec mes fonds propres, la plupart du mobilier chez Emmaüs. J’ai également fabriqué une bonne partie du matériel moi même et commandé le reste en ligne.

J’ai complètement repensé l’organisation de ma classe et dessiner l’ellipse au sol.

Malgré des débuts difficiles par manque de moyens, avec par exemple le matériel mathématiques qui n’est arrivé qu’en Janvier dans la classe, aujourd’hui toutes les classes de l’école fonctionnent sur les principes d’une pédagogie personnalisée, bienveillante, d’inspiration  Montessori .

La classe d’Anne
La classe d’Anne

Comment ont été perçues les nouvelles pratiques Montessori dans votre école ?

Certains professeurs peuvent parfois être très septiques , par méconnaissance ou ignorance : “Céline alvarez ce qu’elle fait c’est nul, ça sert à rien…” “Montessori c’est laissé faire les enfants n’importe quoi”…

Par chance, mes collègues sont très ouvertes. 

J’ai d’abord débuté seule dans mon école car j’avais avancé depuis plusieurs mois dans cette démarche pédagogique.

Au fil des semaines, des mois, mes collègues étaient intriguées par l’ambiance , l’environnement de classe , le comportement des élèves plutôt calme et la concentration dont les plus jeunes pouvaient faire preuve.

Après presque 30 ans d’expérience dans l’éducation de jeunes enfants, une de mes collègues s’est lancée dans l’application de la pédagogie Montessori dans sa classe et changée toutes ses habitudes. Elle laisse maintenant les enfants librement circuler dans la classe, travailler au sol, être autonome, etc.. Un changement si radical après tant d’années d’expérience a fini de convaincre mes 2 autres collègues qui basculeront sur l’application de la pédagogie Montessori dans leurs classes 3 mois plus tard. 

Leur volonté et leur détermination me laisse très admirative. Changer aussi profondément sa manière d’instruire et d’accompagner les enfants  après des années de carrière n’est vraiment pas chose aisée.

Avez vous constaté des changements auprès des élèves, des parents et des enseignants ?

Certains parents ont d’abord eu peur et m’ont fait part de leur inquiétude, parfois de manière virulente, quant à l’application de la pédagogie dans la classe. Ils avaient l’impression que leurs enfants n’allaient pas progresser, se marginaliser voire régresser au contact des plus jeunes. 

En tant que professionnelle de l’éducation, c’est mon métier de les rassurer. Les résultats ont ensuite parlé d’eux même et beaucoup de parents ont constaté très vite des changements d’attitude positifs chez leurs enfants qu’ils trouvaient apaisés, ouverts au dialogue et de plus en plus autonomes. 

L’école publique a cela de merveilleux quelle voit évoluer des enfants de tous les horizons sociaux et il n’est donc pas toujours facile de changer le système. Montessori dans le public, c’est convaincre. 

Côté enseignants, aucune de nous quatre ne reviendraient en arrière. Ce changement de pédagogie nous a également beaucoup apporté. Bien sur il y a eu des obstacles comme par exemple les soucis logistiques avec l’adaptation de la salle de motricité pour tous les âges, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle et nous trouvons des solutions . Par exemple, nous avons mis en place une salle de jeux afin de diviser la classe lors des séances de motricité et permettre de répondre au mieux aux besoins de chaque âge.

Enfin, c’est chez les enfants que le changement est le plus flagrant, à commencer par leur adaptation. Dès les premières semaines, même les plus jeunes, 2 ans, n’avaient plus aucune crainte d’aller à l’école et était complètement à l’aise en classe, voir parfois trop à l’aise, je me suis plusieurs fois surprise à devoir modérer leur énergie.

Ils gagnent également très vite en autonomie, peinant parfois des mamans qui ne souhaiteraient pas voir leur bébé grandir si vite.. Là encore, la confiance des parents pour leurs enfants est clé. 

C’est pour finir à l’institutrice de lisser le tout et de s’occuper des enfants en difficulté tout en nourrissant ceux en avance.  Tout le monde à le droit d’avancer. 

Un message pour les enseignants qui souhaiteraient appliquer Montessori dans leur classe ?

Il faut savoir se dégager des méthodes pédagogiques préétablies et ne surtout pas se bloquer dans un carcan. 

N’hésitez jamais à piocher dans toutes les pédagogies qui existent et à utiliser ce qui sera le plus bénéfique pour les enfants. L’objectif doit être de donner envie aux enfants de venir à l’école. 

Vous n’êtes pas seul à vous questionner ! De nombreux groupes et réseaux de partage existent et vous aideront tout au long de vos projets.

Retrouvez Anne et tous ses précieux conseils dans son quotidien sur Instagram, @ann.I.c, ainsi que sur son blog https://leblogdann.com/

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