Observation Montessori

Selon Maria Montessori, observer des enfants dans une classe traditionnelle équivaut à devenir un entomologiste observant des insectes, « où l’expression spontanée de la personnalité d’un enfant est tellement réprimée qu’assis à son bureau il ressemble à un papillon monté sur une épingle » (Montessori, 1967b).

Même si ses observations ont plus d’un siècle, elles sont toujours d’actualité et il est maintenant établi que, pour apprendre au mieux, les enfants ont besoin d’une certaine liberté afin d’explorer leurs intérêts et s’approprier ce qu’ils font.

Probablement motivée par l’écart entre ce qu’elle voyait dans les écoles et ce qu’elle pensait, elle a développé son approche de l’éducation. Travaillant d’abord avec des enfants ayant des difficultés d’apprentissage puis avec les enfants âgés de 3 à 6, elle a quasiment construit toute sa pédagogie en observant

De cette observation elle a pu tirer de grandes thématiques indispensables pour proposer un lieu et une ambiance propices aux apprentissages.

Maria Montessori une visionnaire ? :

Les idées de Maria Montessori sur la façon dont les enfants apprennent et se développent ont été confirmées par la science quelques années plus tard.

Dans son livre, « Maria Montessori : La science derrière le génie », Angeline Stoll Lillard (2005) décrit les huit principes défendus par la pédagogie Montessori et propose une source prouvant que chacun de ces principes était clairvoyant sur notre manière d’apprendre.

Les 8 principes sont nommés ainsi :

  1. Le mouvement et la cognition sont entrelacés
  2. Les étudiants devraient avoir un sentiment de contrôle
  3. L’intérêt améliore l’apprentissage
  4. Les récompenses extrinsèques entravent la motivation intrinsèque
  5. Apprendre de et avec ses pairs
  6. L’apprentissage devrait être contextualisé
  7. Avoir des interactions optimales adulte-enfant
  8. Maîtriser son environnement

Dans cet article, nous allons démontrer par un ou deux exemples comment ces principes se concrétisent en classe.

Nous aborderons ici les quatre premiers principes énumérés ci-dessus, nous développerons les quatre suivants dans un second article.

1 – Mouvement et Cognition sont entrelacés

Les activités et le matériel Montessori intègrent délibérément le mouvement au cœur des apprentissages. Prenons par exemple les lettres rugueuses, utilisées pour présenter aux enfants d’âge préscolaire le son des lettres.

(Les enfants ne connaissent ni le nom des lettres ni l’ordre de l’alphabet à ce stade).

Lors de l’utilisation de ce matériel Montessori, les enfants tracent la lettre et en produisent le son simultanément. Ils pensent en même temps qu’ils agissent.

Maintenant, la recherche a depuis mis en évidence de nombreux exemples de la nature interconnectée du mouvement et de la cognition, y compris dans l’amélioration de la mémoire

Lorsque le mouvement est impliqué dans un apprentissage. Par exemple, les élèves qui agissent par mime pour décrire ce qu’ils apprennent se souviennent mieux des phrases que les élèves qui ne les avaient pas interprétées physiquement. (* Cohen, 1989; * Engelkamp, ​​Zimmer, Mohr & Sellen, 1994).

De la même manière, lorsque les enfants tracent simultanément une lettre et en produisent le son, ils sont plus à même de s’en souvenir.

2 – Les enfants devraient avoir un sentiment de contrôle sur leur environnement.

Dans une salle de classe Montessori, ce sentiment de contrôle est créé en donnant aux enfants le choix des activités qu’ils désirent entreprendre. Bien sûr, ils ne peuvent pas tout faire, mais ils ont le choix  parmi les options proposées par l’enseignant; c’est ce qu’on appelle la liberté dans les limites.

Par exemple, si un élève veut reprendre là où il s’était arrêté pour une activité de mathématiques, il peut le faire. Ou, s’il veut encastrer des cylindres (qui, à son insu, l’aideront à développer sa prise en tenailles nécessaire pour commencer à écrire plus tard), il peut le faire aussi. L’élève a le choix quant à l’activité qu’il veut faire et à sa durée, pourvu que cette activité soit propice à un apprentissage.

Pour vous démontrer l’importance de cela, nous avons fait le choix de vous parler d’une expérience assez parlante sur l’importance du choix.

Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une expérience simple : Ils ont présenté à des enfants âgés de sept à neuf ans six catégories d’anagrammes sur lesquels ils devaient travailler.

Les deux groupes avaient les mêmes anagrammes à résoudre parmi 6 catégories.

Dans le premier groupe les enfants ont été invités à choisir librement parmi les six catégories, le deuxième groupe a été informé que l’expérimentateur avait choisi pour eux.

Les enfants du premier groupe qui « ont choisi leur propre travail » ont résolu deux fois plus d’anagrammes que ceux des autres groupes dans le même laps de temps. De plus, au cours d’une période de jeu libre optionnelle après le temps alloué pour travailler sur les anagrammes, les enfants du premier groupe ont choisi de passer plus de temps à résoudre des anagrammes (* Iyengar & Lepper, 1999).

Lorsque les enfants d’une classe Montessori ont la liberté de choisir, ils ont un sentiment de contrôle, ils s’approprient ce qu’ils font, et leur performance et leur persistance s’améliorent. La liberté de choisir favorise également l’indépendance chez les jeunes enfants.

3 – L’intérêt améliore l’apprentissage :

Tirer le meilleur parti de l’intérêt des enfants peut être vu à plusieurs niveaux dans l’approche Montessori :

  • La conception d’un matériel Montessori dans lesquels les jeunes enfants ont tendance à être naturellement intéressés,
  • L’introduction d’activités langagières à un moment où, du point de vue du développement, les enfants s’intéressent à l’apprentissage de leur langue,
  • La permission accordée aux enfants de poursuivre des activités qu’ils trouvent intéressantes autant qu’ils le désirent.

Il est logique que les gens apprennent mieux quelque chose qui les intéresse. Si deux personnes reçoivent des leçons de piano, la première qui en a rêvé un certain temps, et la seconde forcé par ses parents, il est évident que la première apprendra très certainement à jouer mieux et plus vite.

En capitalisant sur l’intérêt des étudiants, l’approche Montessori encourage naturellement une attention focalisée chez l’enfant.

4 – Les récompenses extrinsèques entravent la motivation intrinsèque

Selon les circonstances, les récompenses extrinsèques peuvent donner des résultats rapides (mais pas nécessairement durables). Les récompenses extrinsèques sont intéressantes, mais quand il s’agit d’apprendre, l’approche Montessori considère les récompenses extrinsèques comme un obstacle à la concentration et à la pulsion intrinsèque.

Au lieu de motivations extrinsèques, l’éducation Montessori repose sur la curiosité naturelle des enfants par la motivation.  En offrant aux enfants un temps prolongé pour poursuivre les activités qui les intéressent, les enseignants Montessori permettent aux élèves de se concentrer sur une activité aussi longtemps qu’ils le désirent, afin de la terminer autant de fois qu’ils le souhaitent. Cette liberté permet aux enfants d’obtenir pour eux-mêmes un fort sentiment d’accomplissement et de satisfaction.

Pour témoigner de l’importance de ce principe, nous avons trouvé une étude (* Lepper, Greene & Nisbett, 1973) qui souligne particulièrement bien l’effet préjudiciable que les récompenses extrinsèques peuvent avoir sur les individus – même avec des activités que les individus apprécient.

Dans cette étude, les chercheurs ont mis des marqueurs à la disposition de classes d’enfants de 3 à 5 ans.
Dans le premier groupe, ils ont dit aux enfants qu’ils recevraient une « récompense » après avoir dessiné pendant six minutes.

Dans le second groupe, les enfants ont été autorisés à utiliser les marqueurs pendant six minutes et ont reçu une récompense inattendue à la fin.

Dans le troisième groupe, les enfants ont dessiné pendant six minutes et l’idée d’une récompense n’a jamais été mentionnée et ils n’en ont effectivement reçu aucune.

Un panel de juges neutres a noté les dessins du plus créatif au moins créatif.

Les dessins des enfants qui s’attendaient à une récompense ont été jugés très peu créatifs contrairement aux dessins des deux autres groupes.

Les chercheurs ont également constaté que quelques semaines après l’expérience, les enfants du premier et du deuxième groupe se sont conditionnés à attendre une récompense pour l’utilisation des marqueurs. Et il s’avère que le deuxième groupe est lui aussi devenu moins créatif au regard du dernier groupe avec lequel l’idée de récompense n’a jamais été abordée.

Cette étude a mis en avant que malgré l’intérêt initial porté à l’activité, l’introduction de récompenses extrinsèques diminuait la créativité des enfants, en plus de diminuer plus tard leur participation volontaire une fois que la possibilité d’obtenir une récompense était supprimée.

Conclusion :

Développer un apprentissage autour de ces quatre principes a été mis en place par Maria Montessori dans ses écoles.

Aujourd’hui de nombreuses études scientifiques comme celle décrite ici confirment que chacun de ces principes a du sens et participent à de bonnes conditions d’apprentissage pour les enfants.

Nous tâcherons de vous décrire les 4 autres principes dans un prochain article. Si d’ici là vous avez des questions sur la pédagogie Montessori n’hésitez pas à nous écrire dans les commentaires.

Sources : Reference Lillard, A.S. (2005). Montessori: La science derrière le génie. New York, NY: Oxford University Press. Montessori, M. (1967b). La découverte de l’enfant. New York, NY: Ballantine Books. * Les références marquées d’un astérisque sont citées dans Lillard, 2005. catégorie: L & B https://www.learningandthebrain.com/blog/montessori-the-new-science-behind-a-century-old-methodology/

Montessori: la nouvelle science derrière une méthodologie centenaire (partie I)11 juin 2017 Publié le: Austin Matte